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TOUS COBAYES ?, un film coup de poing… sur la table et à l’estomac.

ENERGIE NUCLEAIRE et OGM. « Si on se demande encore ce qui marie diaboliquement ces deux technologies (…), on découvre trois liens qui les unissent fondamentalement : le premier, c’est l’irréversibilité, le deuxième lien, c’est cette contamination omniprésente et invisible du vivant et le troisième lien, très fort, c’est cette bio-accumulation de produits chimiques à l’intérieur des aliments. » (Professeur Gilles-Eric Séralini)


Un film coup de poing dont on sort abasourdi…

On sort abasourdi de la projection du dernier film de Jean-Paul Jaud. Comment ne pas l’être lorsqu’on découvre, sous l’œil de sa caméra, le déroulement de l’expérience  qui défraye la chronique depuis quelques jours ? Cette expérience, c’est celle qu’a mené de 2009 à 2011, dans le plus grand secret, le professeur Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire et chercheur sur les effets sur la santé des OGM agricoles et des pesticides à l’Université de Caen (voir plus bas).

Comment ne pas être, aussi, profondément touché par ces histoires d’hommes et de femmes qui tombent gravement malades et qui finissent par mourir à l’âge où on est normalement au faîte de sa vie ?

Photo copyright J+B Séquences

Qui sont-ils ? Des agriculteurs ayant utilisé des pesticides dont la nocivité pour la santé est désormais établie (lire à ce sujet mon article de février 2012 : Match Pot de Terre / Pot de Fer : le Pot de Terre l’emporte par 2 à 0). Mais pas seulement. Jean-Paul Jaud nous montre également le drame des dockers français qui, eux aussi, meurent à petit feu, à force de décharger des tonnes de soja ou de maïs transgéniques arrosés de pesticides importés pour nourrir les animaux dont la viande atterrit dans nos assiettes… Ou dans les produits alimentaires préparés comme les biscuits, les plats en sauce et même les aliments pour bébé précisait Annette Ardisson, journaliste à France Inter, dans l’émission « l’Actualité Francophone » du 23 septembre. Après avoir rappelé qu’en Europe l’obligation d’étiquetage ne concerne que les produits contenant plus de 0,9 % d’OGM, elle précise « En dessous, ça passe dans l’alimentation et on n’en sait rien ! ».

Jean-Paul Jaud montre, tantôt avec force, tantôt avec une infinie retenue :

ici les conséquences d’une alimentation à base d’OGM et /ou de pesticides sur la santé des rats, là, les conséquences des radiations nucléaires lors d’accidents majeurs, qu’elles soient difficiles à regarder comme celles observées sur les enfants de Tchnernobyl ou qu’elles soient juste suggérées comme à Fukushima dans des zones où la vie s’est retirée, laissant des paysages verdoyants à la beauté trompeuse. On ne peut plus y vivre sans mettre sa vie en danger. On ne peut plus rien y cultiver. C’est désormais une terre sacrifiée, pour combien de décennies ? Sacrifiés, aussi, les paysans japonais de Fukushima. Sacrifiés aussi, les agriculteurs et les dockers français en raison des pesticides qu’ils inhalent.

Sommes-nous en train de sacrifier nos enfants ?

Une question m’a taraudée pendant toute la durée du film, telle une douleur lancinante : sommes-nous en train de sacrifier nos enfants ? Quelle terre/Terre leur avons-nous, déjà, préparée ? Est-il déjà trop tard ? Notre hexagone est couvert de centrales nucléaires en activité et de dépôts de déchets en attente d’un hypothétique retraitement. En cas d’accident majeur, ce sont des pans entiers de notre sol qui deviendraient impropres aux cultures et à la vie souligne, implacable, la voix de Philippe Torreton qui assure le commentaire en voix off. Sans que nous en soyons avertis, des aliments contenant des OGM atterrissent dans nos assiettes par le truchement notamment des aliments pour bétail ingérés par les animaux dont nous consommons la viande, le lait, les œufs.

On encaisse, coup après coup. Le film est rythmé par les tambours japonais ou les tambours sénégalais. Ces percussions résonnent comme autant de menaces. Menaçant, aussi, le couloir du laboratoire où Gilles-Eric Séralini, a mené son expérience. Filmé au ras du sol, une porte fermée au bout, il est tel le couloir de la mort auquel on n’échappera pas.

TOUS COBAYES ? de Jean- Paul Jaud (teaser de 8mn)

Les révélations de l’étude menée par le professeur Gilles-Eric Séralini sont accablantes.

Conduite sous la houlette du CRIIGEN, (Comité de Recherche et d’Information Indépendantes sur le Génie GENétique, fondé notamment par Gilles-Eric Séralini et Corinne LEPAGE, ancienne ministre de l’Environnement et actuellement députée européenne), cette étude a pu être financée grâce au soutien de CERES et de la Fondation Charles Leopold Meyer pour le Progrès de l’Homme.

Voici un extrait du communiqué de presse diffusé par le CRIIGEN à l’occasion de la présentation des résultats de l’étude de Gilles-Eric Séralini « Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize » parue le 19 septembre dans la revue américaine Food and Chemical Toxicology :

« Pour la première fois au monde, un OGM et un pesticide ont été évalués pour leurs impacts sur la santé plus longuement et complètement que les agences sanitaires, les gouvernements, les industriels et d’autres chercheurs ne l’ont jamais fait. Les résultats sont alarmants. Il s’agit de deux produits très représentatifs : un maïs transgénique tolérant au Roundup, le caractère partagé par plus de 80% des OGM alimentaires, et le Roundup lui-même, le pesticide le plus utilisé sur la planète. On ne teste pas au niveau réglementaire ces produits sur des humains, mais sur des rats. Ces tests ont donc porté sur 200 rats en observation pendant deux années sur plus de cent paramètres. Les dosages utilisés (à partir de 11% d’OGM dans l’alimentation, et 0,1 ppb de Roundup dans l’eau) sont caractéristiques de doses environnementales courantes. Les résultats révèlent des mortalités plus rapides et plus fortes au cours de la consommation de chacun des deux produits, avec des effets hormonaux non linéaires et reliés au sexe. Les femelles développent des tumeurs mammaires importantes et en grand nombre et des perturbations hypophysaires et rénales, et les mâles présentent des atteintes hépato-rénales chroniques sévères. L’équipe du Professeur Séralini de l’Université de Caen publie cette étude très détaillée dans une des meilleures revues scientifiques internationales de toxicologie alimentaire, en ligne ce 19/9/12. Les implications sont gigantesques. Elles permettent de comprendre le mode d’action toxique d’un OGM et du caractère transgénique le plus répandu, mais aussi d’un pesticide à des doses extrêmement faibles équivalentes à celles trouvées dans les eaux de surface et dans l’eau de boisson. De plus, les résultats mettent en lumière le laxisme des agences sanitaires et des industriels dans l’évaluation de ces produits. » Lire la totalité du communiqué

Un rat de l'étude atteint de tumeur au 15ème mois de l'expérience. Photo copyright J+B Séquences

Des critiques, déjà, se sont élevées pour dénoncer la méthode de l’expérience conduite par le professeur Séralini. Elles portent notamment sur la taille de l’échantillon et sur la variété de rats utilisés connue, semble-t-il, pour être sujette aux tumeurs mammaires.

Peut-être certaines critiques sont-elles fondées. Peut-être cette étude n’est-elle pas parfaite. Du moins a-t-elle le mérite d’exister. Le film de Jean-Paul Jaud TOUS COBAYES ? la met à notre portée. Elle est la première à avoir testé pendant la durée de vie normale des rats (2 ans) les effets à long terme des OGM et/ou de pesticides tels que le Roundup, là où les industriels n’ont conduit leurs études que sur une durée de trois mois, précisément la durée en deça de laquelle aucune pathologie n’apparaît chez les rats testés par le professeur Séralini, comme le souligne le film de Jean-Paul Jaud.

Quant au professeur Séralini,  il incite, dans le film TOUS COBAYES ?,  les chercheurs de France et de l’étranger à conduire leurs propres expérimentations.

Ainsi, on ne peut que se réjouir de ce que notre premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a déclaré : « J’ai demandé une procédure rapide qui permettra de vérifier la validité scientifique de cette étude et si les résultats sont concluants, Stéphane Le Foll [actuel ministre de l’Agriculture, NDLR], défendra au niveau européen l’interdiction de ces OGM dont la France interdit déjà la culture dans notre pays. » Précisément, ce sont l’ANSES (Agence de Sécurité Sanitaire) et le HCB (Haut Comité pour les Biotechnologies) qui ont été chargés de mener des expertises. 12 experts pour l’ANSES et 9 pour le HCB, issus des secteurs public et privé, toxicologues, vétérinaires, statisticiens, ont ainsi été désignés et resteront anonymes jusqu’à la publication des avis. Il est également prévu que Gilles-Eric Séralini soit auditionné à l’Assemblée Nationale. Les avis, d’abord portés à la connaissance des politiques, seront rendus publics. Sophie Bécherel (journaliste scientifique et chef du Service Reportages de France Inter) indiquait pour sa part (journal de 7 :00 du 24 septembre) que c’est fin octobre que l’on saura si cette affaire débouche « sur une remise en question du système d’homologation des produits industriels en Europe, OGM compris. Aujourd’hui, ce sont les industriels eux-mêmes qui mènent et financent les études toxicologiques avant mise sur le marché, d’où d’incessantes controverses et une grande oubliée, la santé publique».

Les lignes bougent et on retrouve un peu d’optimisme.

De l’optimisme, Jean-Paul Jaud n’oublie pas de nous en insuffler dans TOUS COBAYES ?… On est parfois soulagé de sourire lorsqu’il filme presque avec gourmandise Alphonse Raguenes, éleveur biologique de porcs en Bretagne. On reprend espoir lorsqu’il filme Gora N’Diaye, professeur d’agro-écologie à la ferme-école de Kaydara (Sénégal), déclarant à ses élèves : « Nous allons conserver nos propres graines, nous allons les démultiplier et les partager entre nous, pour ne pas être envahis par les OGM. Si vous vous laissez envahir pas les OGM, vous perdez la vie. C’est fini ! Vous vous mettez la corde au cou ! », faisant ainsi écho aux drames humains qui se jouent partout dans le monde où les semenciers industriels ont fait croire monts et merveilles à de petits paysans parfois réduits au suicide.

Respirer, se nourrir… Voilà des besoins naturels que nous devons satisfaire chaque jour. J’ai la chance, comme vous, certainement, qui me lisez, de pouvoir les satisfaire. Mais, on ne peut, décidément, plus les satisfaire sans arrière-pensée.

Alors, on fait quoi ? On entre en résistance !

En ce début d’année 2012, je vous avais invités à insister (En 2012, insistons !). Aujourd’hui, je vous invite à résister !

Photo copyright J+B Séquences

La dangerosité du nucléaire n’est plus à démontrer. Des accidents majeurs comme ceux de Tchernobyl ou Fukushima sont là pour nous le rappeler. D’autres solutions énergétiques existent et je vous invite à visiter par exemple le site d’Energie Partagée pour aller plus loin sur le sujet.

S’agissant des OGM, il est vital que nous restions en alerte jusqu’à ce que toute la lumière soit faite sur leurs dangers tant pour la santé humaine que pour l’environnement. Les faucheurs volontaires, José Bové en tête, ont pu passer pour des illuminés dans le passé. Ils ont agi en réalité comme des sentinelles et ma conviction personnelle est qu’on leur doit une fière chandelle.

José Bové. Photo Copyright J+B Séquences

Comme le souligne José Bové dans une lettre ouverte rédigée à l’occasion de la sortie du film TOUS COBAYES ?, l’usage de plantes génétiquement modifiées entraîne des effets secondaires en cascade : « usage massif des pesticides contrairement à la promesse de diminution, des rendements stagnants, des plantes voisines cultivées ou non devenant massivement résistantes, les modes de production conventionnels et alternatifs gravement menacés… ».

« Peut-on interdire le maïs OGM NK 603 ? » (utilisé dans l’étude de Gilles-Eric Séralini) se demande le journaliste Laurent Radisson dans son article du 21 septembre sur le site Actu-Environnement. Très documenté, je vous invite à le lire pour approfondir le sujet.

Je n’ai pas l’âme d’une intégriste, juste des convictions profondes que je défends à travers le Goût est dans le pré. Je considère que chacun est libre de se nourrir comme il l’entend. Le problème est qu’aujourd’hui, nous ne sommes pas totalement libres de nous nourrir comme nous le voulons. Nous avons tous le droit à une information transparente. Se nourrir sans craindre de nous empoisonner ou d’empoisonner nos enfants me semble être un droit inaliénable qui ne devrait pas être réservé à une élite. Quant à nos agriculteurs (et à nos dockers), ils devraient pouvoir exercer leur métier sans mettre leur vie en danger.

J’aime à rappeler ces mots du poète, écrivain et paysan américain Wendell Berry : « Manger est un acte agricole ».  Cette maxime dit tellement bien notre responsabilité de « consomm’acteurs » : à nous de refuser les OGM, à nous d’exiger une totale transparence, à nous de choisir une alimentation issue de productions respectueuses de notre santé et de la Terre !

Pour connaître les dates et lieux de projection du film de Jean-Paul Jaud, visitez le site officiel TOUS COBAYES ?

Agnès Poujol-Hardy

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3 commentaires
  1. Hélène Decoene
    25 septembre 2012 à 18h22

    Quand nous irons voir le film, je vais également écrire sur mon blog. Comment as-tu fait pour pouvoir utliser l’affiche du film? Merci d’avance Agnès, bises

  2. Agnès
    25 septembre 2012 à 20h03

    Bonsoir Hélène, le Goût est dans le pré est partenaire du film. J’ai de ce fait accès à pas mal de matériel. Je vérifie avec la productrice si je peux te les transmettre. Ca ne devrait pas poser de pb. D’ici là, bonne projection ! Je lirai ton post avec intérêt ! Bises et à très bientôt !

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